mardi 5 février 2013

Entre sel et terre



Depuis le nord-est du Chili, nous avalons quelques 1000 mètres de dénivelé en bus pour accéder à l’Altiplano, cet immense plateau entre 3500 et 4000 mètres d’altitude et  couvrant près de 10% de la surface de la Bolivie.

Nous passons la frontière dans une petite douane désuète au pied du volcan Ollagüe. Une ligne de chemins de fer hors d’usage et des trains abandonnés témoignent des anciens échanges commerciaux  ferroviaires entre le Chili et la Bolivie. Aujourd’hui il s’agit plutôt d’une aire de jeux pour les enfants patientant pendant les formalités administratives.



Nous posons nos bagages à Uyuni et découvrons en chair et en os nos premières cholitas, ces Indiennes de Bolivie portant fièrement le costume traditionnel dont les éléments caractéristiques sont une jupe gonflée par de nombreux jupons, un morceau de tissus autour des épaules faisant office de sac à dos et surtout un chapeau melon porté très haut en équilibre sur le sommet du crâne.



















La petite cité d’Uyuni se singularise par son Salar. A quelques kilomètres du centre-ville s’étend en effet le plus vaste désert de sel du monde. C’est d’ailleurs pour nous le premier point d’arrêt d’un trip de trois jours en jeep. Les grosses pluies récentes ont recouverts le Salar de 20 centimètres d’eau dans lesquels nous pataugeons en dégustant un délicieux steak de lama. Autour de nous, se jouent le ballet de jeeps glissants sur l’eau et tutoyant le ciel et ses nuages.

L’immensité des paysages que nous traversons déforme les perspectives et nous en profitons pour prendre quelques clichés amusants.

























Ensuite, nous partons à la découverte des paysages arides de la région. Notre chauffeur nous propose de tester une des spécialités locales, la coca, nous acceptons bien sûr tous par curiosité, avec pour seul effet un léger engourdissement de la gencive. Cette feuille, matière première de la cocaïne, est ici consommée par toute la population, mâchouillée contre entre la joue et la gencive pour en extraire son essence ayant a priori des vertus contre le mal d’altitude, les problèmes digestifs ou encore la somnolence… rien que ça.

La base de l’alimentation bolivienne défile derrière les vitres de la voiture : les plants de quinoa pour les céréales, les troupeaux de lama pour la viande et les produits laitiers (les lamas jouent ici le rôle des vaches chez nous, en fait).

Pendant trois jours, notre chauffeur nous fait découvrir des paysages surprenants marquant rituellement chaque arrêt de moteur par un tonitruant « Ok Chicos ! ».
Au programme des différents arrêts : 
- Etrange arbre de pierre au milieu d’un désert de dunes ;
- Lacs d’altitude colorés et peuplés de gracieux flamants roses ;
- Champs de geysers au crépuscule à plus de 5000 mètres d’altitude ;
- Petite baignade dans un bassin d’eau chaude ;
- Champs de rochers ocres à perte de vue










Nous troquons ensuite les zones désertiques pour une ambiance plus citadine. Potosi, ville la plus haute du monde (4070m, plus haut qu’une quelconque station de ski en France), nous accueille à travers la brume des fumées d’échappement des bus arpentant les rues escarpées  et tremblant de toute leur carrosserie. Nous ne sommes gère mieux, essoufflés comme des asthmatiques à la recherche des quelques molécules d’oxygène ayant résistées à l’altitude et la pollution.

L’empreinte des conquistadors espagnols sur cette ville qu’ils ont fondée ne s’est que très peu estompée. Ils ont d’abord transformé le Cerro Rico, mont qui domine la ville en véritable gruyère suite à des siècles d’exploitation minière intensive, encore en activité et dans les mêmes conditions très difficiles.



Puis, pour se sentir protéger si loin de chez eux ou peut-être se faire pardonner les horreurs perpétrées envers les esclaves envoyés à la mine, ils ont multipliés les édifications d’églises (plus de 80 clochers recensés) donnant aujourd’hui un cachet architectural certain à la ville. Tous les édifices religieux ne sont d’ailleurs plus forcément utilisés à des fins religieux, nous logeons d’ailleurs dans un ancien monastère carmélite.



















Oubliés les clochers ocres de Potosi, place aux façades blanches des églises de Sucre. Sucre est décrite comme la ville la plus agréable de Bolivie et cela à juste titre. Les rues sont claires et animées, le marché et ses vendeuses très sympathiques, ses fruits et légumes appétissants. 



En fin de journée, nous accédons aux toits d’un couvent nous offrant un panorama splendide sur la ville et ses alentours. Nous jouissons du calme de cet endroit contrastant avec les bruits montant des rues.




Le petit village de Tarabucco, à quelques kilomètres de là, est réputé pour son marché artisanal du dimanche matin. Malgré ses ruelles avenantes, il s’agit d’un véritable ghetto touristique avec les tarifs spéciaux pour occidentaux. Nous repoussons nos emplettes à plus tard.

Deux guides très sympathiques nous accompagnent pour la visite du cratère de Maragua. Une petite balade sur un chemin Inca permet de faire plus ample connaissance, de disserter sur les différences d’espagnols entre chiliens, argentins et boliviens et de découvrir que leur acteur référence en matière de cinéma français n’est autre que Jean-Baptiste Meunier, jeune chanteur du film « Les Choristes ». Surprenant. La discussion avec nos deux compères est agréable et les paysages sont tout aussi plaisants.

Nous arrivons dans le cratère qui en fait n’est pas le point culminant d’un volcan comme nous le pensions mais une immense formation géologique de 8 kilomètres de diamètre abritant quelques villages isolés que nous traversons.





La date de Carnaval approche et en Bolivie on ne plaisante pas avec Carnaval. Les gens en parle des semaines avant et, paraît-il, là où il faut se trouver à cette occasion c’est à Oruro. Et Oruro est sur notre route, ce sera donc notre prochaine étape. 

lundi 28 janvier 2013

Chili suite et fin.


Après Pucon et ses lacs, nous retrouvons l’air de la ville à Santiago, et sommes agréablement surpris à notre arrivée dans la capitale par le calme qui y règne
Nous trouvons l’endroit idéal pour buller deux jours en attendant Max qui nous rejoint pour 3 semaines,  des canapés moelleux à souhait, une cour intérieure ensoleillée, difficile de trouver la motivation pour partir à la découverte de la ville…

Ben et Yamna, rencontrés en Patagonie se trouvent à Santiago et viennent nous rejoindre, partageant tous les quatre le même intérêt pour la « bonne bouffe », nous nous concoctons de bons petits plats et une envie de Ben de manger des sushis nous fait parcourir la ville à la recherche des ingrédients, une fois la confection terminée nous nous retrouvons devant une bonne centaine de ces spécialités japonaises à déguster au Chili !
 

 
 
 
 
 
 
Max arrivé avec quelques heures de retard, il neige à Paris …, part avec Loïc pour une visite éclair de Santiago : le palais de la Moneda, palais présidentiel depuis 1846, un des symboles de la république chilienne ; l’ascension du cerro San Cristobal… en taxi, là-haut un parc dominé par la statue de la vierge de l’Immaculée Conception,  très fréquenté le week-end offre une vue imprenable, étendue sur tous les quartiers et pour finir, passage dans le quartier de la Bellavista à l’heure de l’apéro, quartier bohème coloré, on l’on trouve galerie d’art, cafés, restos…
 
 
 
Le lendemain, nous nous dirigeons en bus vers Valparaiso à l’ouest, ville qui inspira Pablo Neruda.
Nous nous promenons de collines en collines observant la vue sur la baie, admirant des fresques dans un musée à ciel ouvert et les nombreuses peintures murales et graffitis ornant les murs des maisons.



 
 
 
De places en places, à travers les ruelles nous déambulons au son de fanfare dans cette ville multicolore. Le soir,en face de l'hotel, un groupe de filles danse au rythme des percussions sur une place aux allures de celle de Gaudi à Barcelone.
 
 
De vieux funiculaires et ascenseurs partent à l’assaut de quelques-unes des 45 collines entourant la ville.
Nous nous apprêtons à en emprunter un après avoir traversé le vieux centre historique, près du port, centre classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Nous parcourons innocemment quelques rues pour nous y rendre, une marchande me fait signe de cacher mon appareil photo, avant de nous faire interpeler par une voiture de police qui nous demande de ne pas nous attarder ici, les attaques avec armes blanches seraient fréquentes. Pas très fiers nous nous dirigeons sans tarder vers l’ascenseur, et faisons un petit tour au milieu d’autres victimes potentielles aux objectifs plus imposants que les nôtres, nous ne risquons plus rien !
 
 
 
 
Nous rentrons tranquillement vers le centre de la ville, Max nous invite à manger, nous découvrons la boisson locale le Pisco sour, et nous régalons avant d’aller siroter une bière dans un des nombreux bars bondés, ici c’est la fête tous les soirs !

C’est l’heure d’aller nous coucher, demain la visite d’une des demeures de Pablo Neruda et de sa femme, Mathilde nous attend.

La maison sur 5 étages surplombe la baie, chaque pièce est meublé et décoré avec gout et de façon original, il aimait chiner dans les brocante et les ventes aux enchères toutes sortes d’objets, tel un cheval de manège en bois, des meubles de bateaux, et j’en passe.
La vue sur la mer est omniprésente, derrière toutes ces vitres, vitraux et verrières.

L
a visite terminée, nous prenons le métro pour un coup d’œil sur le Pacifique à Villa del Mar, nous arrivons à La Baule chilienne, de grandes barres d’immeubles dominent une plage bondée sur laquelle nous trouvons une petite place pour poser nos serviettes.
 
Certains vont se baigner, d’autres scrutent les tagueurs qui reproduisent les fonds marins sur les parapets, un couple se décide à jouer aux raquettes se plaçant de part et d’autre de notre campement avant de se rasseoir 2 minutes plus tard comprenant que l’idée n’était pas lumineuse.

Quelques heures et stations de métros plus tard nous sommes dans le bus qui nous conduit à Chanaral.
La ville ne comporte pas grand intérêt mais les habitants sont très fiers de leur parc national Pan del Azucar, dans lequel nous passons une journée.
Sur la plage, avant d’emprunter le sentier qui mène au mirador, nous photographions une colonie de pélicans qui s’ébrouent, secouent leur goitre, vont et viennent à la vue des baigneurs.

Deux heures de marche dans un désert parsemé de cactus, sous un soleil de plomb, nous amène sur une colline d’où nous surplombons la baie s’ouvrant sur l’immensité du Pacifique, sur le chemin du retour nous observons des lamas qui eux-mêmes nous observent juchés sur leur perchoir.
 


 
Une petite plage de sable blanc s’offre à nous pour conclure la journée dans le parc, nous nous baignons entourée de quelques méduses, et séchons tranquillement en attendant le mini-bus.

Un dernier trajet sur les routes chiliennes nous attend, nous nous offrons un petit resto pour clore notre passage dans la ville, au menu poulet rosé peu frais, la nuit dans le bus sera un peu agité, heureusement il est équipé de toilettes …
Calama : nous y passons deux jours en attendant qu’un bus parte vers la Bolivie.

La ville minière (mines de cuivre), considérée comme hideuse par un guide touristique dont je tairai le nom, nous parait plutôt sympathique, les petites places sur lesquelles nous prenons nos petits déjeuners autour d’une fontaine sont calmes, ombragés par des arbres en fleurs.
 
Le soir nous dinons dans un marché servant le menu local, ragout de mais, viande et riz, arrosé de la boisson universelle : le litre de coca-cola.

Et dimanche après-midi nous retrouvons les locaux dans leur parc, sous des parasols, grillant des morceaux de viande toute l’après-midi et se remplissant de soda (vendus ici en pack de 3 fois 3 litres), pendant ce temps en bons franchouillards nous tapons la belote. On nous offre des bières en échange de photos, tous nous claquent la bise, nous échangeons quelques mots d’espagnols, et repartons.
 

Notre passage au Chili est terminé, nous partons demain à la découverte d’un autre pays, la Bolivie.

jeudi 17 janvier 2013

Entre Chili et Argentine, la Cordillère



 
Le Chili et l’Argentine ont en commun 3500 kilomètres de frontières serpentant à travers la Cordillère des Andes. En effet depuis la Patagonie australe et ses fjords jusqu’aux paysages désertiques du nord de deux pays, la chaîne montagneuse sert de barrière naturelle. La grande amplitude de latitude entre le nord et le sud de ces pays permettent d’y découvrir des paysages d’une diversité incroyable : des îles, des reliefs verdoyants, des glaciers, des sommets enneigés, des volcans, des lacs, d'immenses steppes broussailleuses, des plages ensoleillées, puis nous attendent plus au nord des oasis, des déserts arides, des lacs salés, des canyons.
Après quelques semaines consacrées à la zone la plus australe du continent, un demi-tour est au programme pour remonter plus au nord. Mais, entre la région de Magellan où nous démarrons l’année 2013 (d'ailleurs meilleurs voeux de notre part à tout le monde) et le centre du Chili se dresse une zone très peu fréquentée par les véhicules roulants car étant un véritable labyrinthe entre vallées et fjords. Nous sommes donc contraints de revenir sur nos pas et de repasser par les endroits que nous avons déjà explorés à l’est de la cordillère, côté argentin.
Nous en profitons pour nous octroyer sur le trajet un peu de repos. Eh oui bien qu’il soit en vacances, le voyageur a parfois besoin de repos (ne serait-ce que pour alimenter ce blog de ces quelques lignes). Ainsi, nous passons de nouveau quelques jours à El Calafate, cette fois-ci uniquement pour admirer la lagune derrière la baie vitrée de notre auberge enfoncée dans le canapé mais aussi pour fêter les 31 ans d’un des deux voyageurs (tiens donc lequel des deux ?) en compagnie des cousins franc-comtois et de Yamna et Ben, un couple de routards croisé plus tôt.
 
 

Notre remontée vers le nord est également l’occasion de passer plusieurs fois d’un pays à l’autre, de quoi garnir encore davantage en tampons nos passeports déjà bien chargés, de jouer au jeu des sept différences entre Chili et Argentine (le meilleur vin côté chilien, la meilleure viande côté argentin, le coût de la vie un plus accueillant côté chilien, la consommation de maté plus prononcée côté argentin), de comparer leurs services douaniers (les argentins sont d’une désinvolture sympathique, alors que les chiliens se caractérisent par leur intransigeance traquant méthodiquement le moindre produit interdit).
 


C’est ensuite à Pucon que nous marquons une pause dans notre remontée, pour quelques jours de camping au bord du lac de Villarica et à quelques kilomètres des neiges éternelles du volcan du même nom visibles à des dizaines de kilomètres à la ronde. Un volcan d’ailleurs encore actif comme en témoignent les signalisations d’évacuation d’urgence dans la ville et même un feu tricolore avertissant de l’état d’activité du cratère voisin.


 
 
 
 
 
Un lac, des montagnes, des rivières, de la neige, l’endroit est propice à la pratique d’activité sportive en tout genre. Nous constatons une grosse concentration de sportifs lors de notre arrivée. Nous avons la raison de cette effervescence tôt le lendemain, la présence d’hommes en combinaison sur la plage nous apprend que le départ d’un triathlon international est imminent.

Pour nous ce sera quatre jours de camping, de barbecues et de baignades rafraichissantes. L’endroit est très fréquentés par les chiliens en pleine période de vacances estivales. Leur présence au camping ne passent d’ailleurs pas inaperçue, en effet l’ambiance y est très festive jusqu’à très tôt le matin.


Nous rompons notre quiétude une journée pour une rando dans le parc Huerquehue. De chouettes paysages nous y attendent. Le soleil tape très fort et la chaleur l’accompagne, mais les forêts d’araucarias (sorte de pins aux feuilles d’aiguilles triangulaires, emblèmes du coin) nous offrent un peu d’ombres et les nombreux petits lacs un peu de fraîcheur.



 
 
 
 
 
 
Nous poursuivons notre cure de remise en forme à Santiago, où nous découvrons une capitale chilienne beaucoup plus calme qu’imaginée (les vacances d’été peut-être ?). Nous sommes en pleine forme pour attaquer la suite de nos aventures. Conscients que notre retour se rapproche (plus que deux mois qui vont passer très vite), nous sommes prêts pour ne pas perdre un minute et en profiter jusqu’au bout.