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mardi 19 juin 2012

Bon baiser de Bandar Abbas

Après une bonne semaine dans le Nord de l’Iran, nous poursuivons notre route vers le Sud. Notre programme est quelque peu dicté par la durée de notre visa. Il faut donc faire des choix. Nous passerons par Ispahan, Shiraz et Bandar Abbas en prévoyant de prolonger notre visa à Shiraz pour être tranquille.
Ispahan nous était souvent présentée comme la ville la plus agréable par nos diverses rencontres. Effectivement, la seule grande place Nagh-e Jahan vaut largement le détour. Nous passerons d’ailleurs pas mal de temps à cet endroit où sont concentrés les principaux centres d’intérêts. Les sites touristiques sont payants mais à des prix dérisoires, ainsi nous n’hésitons pas à en abuser, parfois juste pour profiter de la fraicheur d’une mosquée.

L’imposant dôme bleu et jaune de la mosquée Imam Khomeini (c’est incroyable le nombre de mosquée qui lui sont dédiées à ce monsieur barbu) domine la place et toise d’une part, un plus petit mais non moins majestueux dôme (Mosquée Sheikh Lotf Allah) et d’autre part un ancien palais royal (Ali Qapu Palace) dont la terrasse offre une vue complète sur la place… quand elle n’est pas en travaux.





Outre ses attraits culturels, on trouve à cet endroit de quoi s’occuper :
-          Le bazar et ses multiples boutiques d’artisanat local est tout proche ;
-          des glaciers où déguster de délicieuse glace au safran ;
-          des étudiants iraniens vous accostent pour perfectionner leur anglais en vous posant les questions de leur livre de leçon (c’est divertissant le seul bémol étant les possibles difficultés pour s’en débarrasser).







 Autres attractions de la ville : ses ponts, utilisés en tant que zone ombragée par les habitants,et d’ailleurs au vu du très faible niveau du cours d’eau traversant  la ville, leurs rôles initiaux sont quelque peu désuets .





Comme depuis le début de notre séjour en Iran, les marques de sympathie et d’intérêt de la population sont toujours aussi nombreuses. A Ispahan nous atteignons peut-être le summum. Nous décidons d’occuper notre dernière fin de journée par une séance de cinéma en farsi. Sur le chemin, nous recevons une énième salutation, un type qui semble sortir du bureau nous propose un rafraichissement, nous déclinons gentiment tout contents de lui présenter l’excuse de la séance qui commence dans cinq minutes. Celui-ci décide alors de nous accompagner et malgré nos plusieurs refus vigoureux nous offre nos places, vient s’asseoir à côté de nous et nous commente le film en farsi. Sympa mais un peu envahissant.
C’est sur cette anecdote que nous quittons Ispahan pour Shiraz, une ville très fière de ses célères poètes persans, Saadi et Hafez, qui, aux dires de certains, aurait inspiré Goethe lui-même. Un mausolée leur  est à chacun consacré, au cœur d’un jardin où de nombreux shirazien viennent flâner le soir en écoutant les poèmes récités. Des jardins, nous en visitons quelques autres, à chaque fois leur tranquillité contrastant avec le vacarme des rues de Shiraz.






















Des rues en effet très animées et à n’importe quelle heure de la journée. Même la petit ruelle dans laquelle nous logeons regorge de vendeur ambulant, parmi lesquels un vendeur de sandwich au falafel auquel nous sommes particulièrement fidèles.





Persépolis, située à une cinquantaine de kilomètres, est l’objet d’une excursion journalière. La chaleur écrasante et la très faible affluence ne font qu’accroître la solennité du lieu et le poids des 2500 ans d’histoire. Nous croisons des touristes iraniens enchantés et ravis de pouvoir à la fois visiter Persépolis et prendre la pose avec nous.


Marie commence à maîtriser le port du voile mais lors de la visite d’un immense palais elle est obligé de passer au stade supérieur, le tchador qui ne s’avère pas pour elle des plus confortable.

Notre dernière étape iranienne Bandar Abbas sera assez calme. En effet, la principale raison de notre venue ici, l’obtention du visa indien, se révèle inutile, le consul indien ne pouvant nous donner que trente jours et nous conseillant vivement de réitérer notre demande à Katmandu. Par ailleurs, une chaleur humide étouffante (plus de 40°C, on a vérifié à la météo iranienne) nous dissuade de trop nous agiter. Nous tentons quelques excursions à travers la ville mais rarement plus d’une demi-heure et jamais sans bénir la clim de retour dans notre chambre.
La ville vit en fonction de ces conditions météo, la vie s’arrêtant entre 11h et 17h pour reprendre le soir. Les endroits les plus fréquentés sont les nombreux centres commerciaux très appréciés pour leur fraicheur.




Après quelques jours à bouillir dans la marmite de Bandar Abbas, nous quittons l’Iran par bateau direction les Emirats pour un transit de quelques heures avant de nous envoler pour Katmandu. Nous sommes censés passer quelques heures à l’aéroport de Sharjah mais nous n’accostons qu’à 12h au lieu de 8h prévu. Une panne informatique aux contrôles frontières déjà compliqués en temps normal (contrôles spécifiques pour les femmes, contrôles minutieux des visas) finit de nous retarder. A 12h45 après obtention du tampon, un policier nous escorte pour chercher nos bagages mais il est évident que nous raterons notre enregistrement à l’aéroport…seulement nous avons fait erreur sur le changement d’heure, nous arrivons 1h en avance à l’aéroport, Marie  se débarrasse de son voile, dans 4h nous serons au Népal.


Nos deux semaines en Iran nous ont donc permis de se forger notre propre idée sur ce pays et entre autres de constater la pression quotidienne que subit sa population et la méfiance et la crainte qu’elle engendre. En vrac, nous citerons :
-          évidemment, la tenue vestimentaire pour les femmes, voile et chemise longue ;
-          le métro de Téhéran et ses rames réservées aux femmes ;
-          l’omniprésence policière et militaire en particulier la « dress police » qui vérifie par exemple les tenues vestimentaires des femmes et que nous verrons agir avec deux filles nous accompagnant ;
-           les complications pour contenter tout le monde dans le bus et ne surtout pas placer un homme et une femme l’un à côté de l’autre.
Mais nous retiendrons surtout nos multiples et riches rencontres et la découverte d’une culture abondante ainsi qu’une population accueillante, curieuse et avide de contact avec l’étranger et tellement heureuse de voir que des gens s’intéressent encore à leur pays.

vendredi 8 juin 2012

Accueil persan

Après une longue nuit de train, nous arrivons à Tabriz, première ville de taille significative du nord de l’Iran. Nous nous lançons à tâtons, harassé par la chaleur déjà bien présente à cette heure de la journée, nous avançons lascivement sous le regard des quelques badauds. Comme bien souvent depuis le début de notre voyage, chaque fois qu’une légère incertitude nous gagne, une rencontre fortuite nous dirige. Cette fois-ci ce sera un charmant quarantenaire qui nous accoste dans la rue avec ses quelques mots d’anglais. Le temps d’un coup de fil à son fils, Amin, étudiant en anglais, plutôt pratique pour communiquer, nous voilà invités à la maison.




Un peu gênés, nous acceptons un petit déjeuner copieux que nous dévorons devant les yeux de toute la famille, ravie de notre présence. Un fois les présentations effectuées, il est décidé qu’Amin sera notre guide durant notre séjour à Tabriz, rôle dont il s’acquittera avec brio deux jours durant. Grâce à lui nous avons un aperçu très complet des spécialités culinaires du coin, les dégustations se faisant à n’importe quelle heure de la journée, ce qui semble coutumier par ici : une glace au safran en début d’après-midi, une soupe à base de yaourt et de blé pour continuer (du hach), des gâteaux au miel (bakalva) pour accompagner thé et nargile, le tout conclu par un kebap local en fin de journée. Le lendemain sera de la même veine, avec en bouquet final, un délicieux repas préparé par la mère d’Amin et dégusté à même le sol comme il est d’usage ici.


















Malgré son faible enthousiasme pour les visites culturelles, Amin met un point d’honneur à nous emmener sur tous les sites de Tabriz : musées, parcs très fréquentés par les iraniens, divers monuments dont la très imposante porte historique de la ville et la mosquée bleue, certes plus petites que celle d’Istanbul mais non moins admirable avec ses mosaïques bleues et jaunes.

























Amin nous accompagne jusqu’à notre place dans le bus en direction de Rasht à quelques dizaines de kilomètres de la mer Caspienne, ville apparemment très prisée des touristes iraniens au vu du nombre de tentes occupant la moindre parcelle exploitable. Nous apprenons que nous sommes  en plein week-end prolongé et qu’une bonne partie de Téhéran est venu chercher un peu de fraicheur le long des rivières du coin.
Nous n’aurons pas besoin d’utiliser notre tente, Leïla qui nous aborde dans le bus, nous invite à la maison, que dis-je nous offre son lit. Il est 7h du matin mais Sajat, son mari, que notre arrivée impromptue à réveiller, nous prépare déjà le petit déjeuner et programme notre visite de son pays.

Le temps d’une petite sieste, nous voilà partis visiter Masuleh en compagnie de Leïla, un petit village traditionnel, accroché à la montagne et qui présente l’ingénieuse particularité d’être construit en escalier : chaque toit est la terrasse de la maison supérieure. La région est la plus humide du pays ce qui nous gratifie de paysages verdoyants parfois recouvert de brumes.




















Pendant deux jours, Leïla et Sajat nous accueillent comme des amis de longue date (visite de leur futur appartement, accès internet à leur bureau, visite d’un chantier de Sajat, architecte).
Marie s’essaie au shopping (une chemise longue pour deux semaines en Iran c’est un peu juste) et découvre les joies de la promiscuité d’une cabine commune.

Nous arpentons les ruelles du bazar à la lumière du crépuscule où nous trouvons notre repas du soir, du poisson bien frais qui barbotait dans la Caspienne toute proche le matin même. Le dernier soir est l’occasion de débuter notre apprentissage du Farsi par la lecture des nombres et des phrases élémentaires. Aux dires de nos hôtes, cela pourrait s’avérer utile pour affronter la « jungle » de Téhéran.





 












Effectivement, il faut être en forme pour attaquer Téhéran. Peut-être trop habitué au confort d’être accompagné depuis notre arrivée en Iran, nous pataugeons un peu dans la tourmente de cette ville au rythme effréné. Nous mettons presqu’une journée à trouver un plan de la ville, nous nous perdons dans un bazar un peu glauque duquel nous trouvons plus la sortie, nous slalomons entre le ballet incessant de voitures derrière lesquelles surgissent une horde de motos elles-mêmes klaxonnées par un bus arrivant à contre-sens. Jusqu’ici, la circulation était quelque peu anarchique mais à Téhéran c’est le stade supérieur.



Après une journée d’adaptation à ce tumulte, nous prenons un peu de hauteur en compagnie de Fatemah, rencontrée à Istanbul, en prenant la direction des reliefs de la ville dont les sommets sont enneigés été comme hiver. Sur les conseils de notre amie, nous profitons de notre seconde journée pour flâner dans le parc de Sad Abad et visiter notamment le palais d’été  du Shah, dont l’architecture extérieur peu avenante contraste avec la grandiloquence de la décoration intérieure (des tapis persans de plus de 100m², ça calme).




Notre Visa n’étant que de quinze jours et l’Iran étant très vaste, nous ne nous attardons pas à Téhéran. Nous programmons d’ailleurs une prolongation de Visa à Shiraz où il semblerait assez simple de l’obtenir. C’est ainsi que nous prenons la route d’Ispahan dans un des peu chers et confortables bus iranien.