Nous débarquons à Oruro, officieusement capitale bolivienne
de Carnaval, deux jours avant le week-end festif et les préparatifs sont déjà
bien avancés : banderoles, barrières et gradins sont en place et laissent
augurés de l’ampleur de la fiesta.
Assommés par une arrivée très matinale dans la ville, nous
errons à la recherche de quoi se ravitailler. Nous croisons de plus en plus de
militaires et de badauds en tenues très chics. De si bon matin, est-ce
normal ? Un gradin désert nous permet d’observer cette animation. Quatre
bolides noirs aux vitres teintées s’immobilisent à deux mètres de nous, deux
gardes du corps ouvrent la portière de la voiture d’où sort Evo Morales, ni
plus ni moins que le président de la République bolivienne, qui nous gratifie
d’un grand sourire et d’un petit salut personnalisé. Aujourd’hui, fête de
l’indépendance de la ville, tous les plus hauts dignitaires de l’Etat sont
mobilisés S’ensuit plus tard dans
l’après-midi un défilé militaire du plus bel effet.
Le lendemain, c’est un avant-goût du Carnaval qui nous
attend, les villageois de la région défilent en costume traditionnel. Les
flutes de pan, les chapeaux melons et les panchos sont de sortis.
Le grand jour approche et Max qui nous accompagne depuis quelques semaines choisit la veille du Carnaval pour nous quitter, peut-être ne se sent-il pas le courage d’esquiver les attaques de mousse qui atteindront leur point culminant durant le week-end. En effet, depuis une bonne semaine, à Sucre, Potosi ou Oruro, nous devons éviter projectiles humides. Les boliviens ont cette drôle de coutume pour Carnaval et ses jours qui le précèdent : à tout moment de la journée, n’importe où dans la rue, ils s’arrosent à coup de pistolet à eau, de bombes à eau ou de mousse humide et collante. Nos têtes de gringos ne passent pas inaperçus et sont une cible privilégiée.
Toute cette agitation n’est qu’une montée en puissance en vue
du grand jour. Le Carnaval d’Oruro est une des plus grosses fêtes
sud-américaines. Le moins que l’on puisse dire c’est que les boliviens, pour
cette occasion, ne font pas les choses à moitié. Les hostilités démarrent le
samedi matin à 7h avec les premiers costumes défilant sur l’Avenue des
Folkores. S’ensuit alors une cinquantaine de troupes jusqu’à 3h le lendemain
matin. Ces troupes sont constituées d’une fanfare rythmant la danse de femmes
vêtues de tenues traditionnelles « modernisées » : couleurs
flashy, jupes plus courtes, parfois beaucoup plus courtes, et décolletés
plongeants. Les hommes quant à eux sont accoutrés en cow-boy fringuant ou en
divers démons locaux. Le tout est agrémenté de feux d’artifices tirés de jour
comme de nuit.
Tout cela est arrosé d’une grande quantité d’alcool coulant
dans les gorges des participants comme des spectateurs. Mais une journée
marathon de défilé ne suffit pas, dès le lendemain, tous les participants
remettent ça, peut-être pour les potentiels absents de la veille. Les litres
d’alcool ingurgités cumulées à la fatigue ne sont bien sûr pas sans effets et
certains « démons » titubent supportant difficilement le poids de
leur costume.
Après deux jours de fanfare, de pétards, de mousse, de danse,
d’odeur de friture, de bière et d’urine, c’est une ville d’Oruro avec la gueule
de bois que nous quittons, en espérant trouver un peu de calme à La Paz. Après
de longues lignes droites de plaines arides, la route descend à pic dans la
vallée où repose la capitale bolivienne, accrochée aux parois de la gorge.
Notre arrivée en ville s’effectue…. en fanfare. Nous fuyons
le carnaval d’Oruro pour nous retrouver en plein milieu du défilé du Carnaval
de La Paz, un peu plus modeste mais en tout point semblable.
Mais La Paz est vaste et nous parvenons à éviter les rues
fréquentées par les fêtards pour croiser des échoppes aux devantures
étranges : fœtus de lama, bec de toucan ou autres amulettes originales
sont en exposition.
Un mirador nous permet d’avoir un vue panoramique de la
ville, de ces maisons et bâtiments agrippés à ces rues escarpés, du stade de
foot où jouent les équipes locales et l’équipe nationale, stade que maudissent
nombres d’équipes visiteuses, contraintes de prévoir les masques à oxygène au
bord du terrain. Quelle idée de jouer au foot à 3660 m d’altitude !
Notre dernière étape bolivienne se nomme Copacabana. La plage
à quelques mètres de notre chambre, un soleil brulant mais nous ne sommes pas
au Brésil mais au bord du Lac Titicaca. A neuf kilomètres de Copacabana se
trouve la frontière avec le Pérou que nous franchirons dans quelques jours.
Le Lac Titicaca est la frontière géographique entre la
Bolivie et le Pérou. Retrouver le calme d’une petite ville nous plait. Nous
grimpons sur les sommets voisins pour apprécier la vue sur le Lac. Difficile d’apercevoir
la rive d’en face, on croirait la mer. Quelques vestiges incas occupent le
sommet de ces petits monts.
Bien sûr, nous ne résistons pas à tenter l’expérience culinaire local : la truite saumonée. Le lac en regorge et les cuisinières sur le port la préparent divinement bien.
Depuis ce port, nous montons à bord d’un bateau en direction
de l’Isla del Sol à une vingtaine de kilomètres au large. Cette petite île ne
dispose d’aucune voie de circulation. Les quelques communautés qui y vivent se
déplacent en bateau ou à pied. Les marchandises ont transportées à dos d’ânes. Un
chemin pavé traverse l’île du sud au nord, nous l’empruntons ayant un aperçu de
toute l’île et de ses ruines incas, croisant ânes, lamas et cochons.
Après cet interlude de deux jours au milieu du lac, nous
regagnons Copacabana, où se prépare… le carnaval de la ville. Notre bus pour le
Pérou démarre au son de la fanfare.
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